Chaque personne a sa madeleine de Proust et je lis tous les jours de belles histoires ici et là, sur nos petits joyaux qui rendent si belles nos journées. Quelquefois je suis attendrie et quelquefois suivant mon humeur je me dis que décidément en ce moment c'est la grande mode de la blogosphère!

Et pourtant de plus en plus de souvenirs de mes jeunes années ponctuent mes pensées actuellement, des souvenirs que je n'appelle pas particulièrement mais qui ont un effet de baume nourrissant et cicatrisant si merveilleux que j'en viens à me dire que ce sont mes petits bonheurs quotidiens, à mon insu.

Je les retrouve avec une joie indescriptible au coeur, un sourire mystérieux aux lèvres en ce qu'ils n'appartiennent qu'à la jeune fille que j'étais alors et à personne d'autre qu'à elle, qui n'est jamais trop loin de moi mais que mes proches ne connaissent pas vraiment....

Je ne sais pas par où commencer mais ce sont de menus objets qui m'ont façonnée, édifiée et m'ont révélé à moi, comme un secret bien gardé qui me serait dévoilé au fur et à mesure. Une lettre que je décachette et que je déchiffre au fil des mots, teintant mon visage de multiples nuances.

Je revois mon vieux cahier rouge, un simple cahier d'écolière, taché d'encre Stypen, bleu, mes premiers écrits y sont couchés tels des reliques impénétrables pour les autres mais si précieux à mon coeur. Ce cahier me ressemble et ses mots me tirent souvent par la main ces derniers mois. Pourtant rien de mes premiers émois amoureux n'y sont mais mes tous premiers émois tout simplement devant la vie et ses promesses déjà sont consignés comme une attente impérieuse de mon coeur pour mon âme.

Je crois. Je les entends converser entre eux de ce fameux cahier rouge ces jours ci.

Ce cahier fait écho à un autre cahier, oui moi j'aime les cahiers, un fameux cahier de chants datant de ma 6ème, je suis restée un enfant je vous dis! Ces chansons sont mes cailloux à moi, mes fanions, je les ai reconnus comme étant des signes incontournables pour l'adolescente que j'étais alors, ils roucoulent encore dans ma tête d'aujourd'hui comme si ils me disaient des choses essentielles à chaque instant de mon existence, je vous le promets!

Je les adore, ils sont les grandes lignes de ma vie! Si on m'avait dit alors que tout était inscrit en eux, je ne l'aurais pas cru!

Puis arrivent dans l'ordre, mes premiers soutiens-gorge, à l'heure où l'on ne parle que de les enlever, moi je me souviens de leur texture si douce sur ma peau qui changeait à vue d'oeil, tout n'était que changement alors....donc eux, oui eux plus que jamais suivis de près de mes premières folies, vous savez ça, le jour où vous savez que vous n'êtes plus obligée d'être si sage, non? oui, vous savez! Ce jour là vous signez un pacte avec vous, un pacte silencieux que vous n'osez pas nommer liberté, en tout cas pour moi!

J'en ai encore les réminiscences!

Et puis mes premiers crayons pour les yeux, Barbara Gould et Max Factor, Lancôme et autres odeurs qui ont l'art de me rappeler à moi, de me murmurer des secrets rien que pour moi, surtout quand je repense à la couleur de mes mascaras, marine et vert foncés, ou bien mes premiers vrais khôls en pâte qui me faisaient des yeux charbonneux à souhait....Repenser à eux en ce moment me laisse un sentiment indescriptible comme si j'avais vraiment existé ailleurs, pour moi seule.

On croit à tort que les jeunes filles se maquillent pour se faire remarquer, mais je sais que l'on se maquille pour se tricoter des souvenirs impérissables, que l'on se maquille la première fois pour se dire que l'on est, que l'on vibre et que c'est bon de ressentir tout ça quand l'adolescence nous travaille au corps et c'est sans jeu de mots!

Alors oui, aujourd'hui je suis enivrée par l'odeur de mes madeleines à moi, lorsque les journées  sont moins entreprenantes, je repense non je me gave de cette odeur, je cherche après tout ce qui m'a construite bout à bout, je redeviens mon passé, je revois les matins clairs et bleutés qui me mettaient en joie parce que le lycée et tout ce qui s'y rapportait m'attendait impatiemment.

Tout, tout me revient inlassablement ces jours ci, mes tee-shirt Fruit of the loom, mes ballerines noires en daim, mes jeans et autres pantalons à la mode, à petits carreaux, oui tout à fait, j'ai fait honneur à toutes les modes!

Tout me vole un sourire pendant que je conduis, pendant que je lis ou pendant que je ne fais rien, tout me porte à croire que la vie sait.

Oui elle sait pour nous, comment nous bercer demain avec les chansons d'hier et les senteurs d'aujourd'hui, elle sait que grâce à elle, pour peu que nous soyons attentifs aux signes éparpillés sur notre chemin, demain nous saurons nous retrouver, quoiqu'il arrive.