Je reconnais avoir pris le parti d'en rire.

Oui, après vous avoir avoué dans mon article d'hier combien le mot grave avait plusieurs consonances chez moi, je reconnais aujourd'hui que chaque cas grave de mon vécu n'avait pas la même résonnance que pour quelqu'un d'autre, et que si souvent j'ai pris le parti d'en rire à la face du monde, au fond de mon coeur j'en ai pleuré.

Les tourments et les peurs nous en avons tous mais devant eux nous ne sommes pas égaux, et souvent le fait de me dire que ce n'est pas grave m'aura permis non pas de dédramatiser une mauvaise nouvelle, mais bel et bien de la surmonter. 

Pas tout de suite toutefois, tout de suite là lorsque survient l'accident par exemple qui m'aura fait un visage méconnaissable pendant quelque temps, je ne vois que le côté grave de mon existence, l'avant et l'après, j'entends battre mon coeur lorsque je croise mes yeux dans le miroir le premier matin qui suit cette transformation, j'entends les questions des autres et leurs regards empreints de pitié ou de commisération, oui tout de suite là  je reconnais la signification du mot grave...Mais j'ai des ressources propres à moi qui me permettent de masquer les battements de mon coeur, de ne pas croire que c'est moi dans le miroir, j'ai une force insoupçonnable qui me conduit à accepter celle que je suis devenue, pour un temps ou pour une vie, je ne me pose pas la question, c'est grave et je n'y peux plus rien.

Simplement, passés les premiers  jours, j'oublie le mot grave, j'oublie que je ne sais pas comment je vais vivre avec ce nouveau physique, je vis et c'est mon vécu qui va m'apprendre une nouvelle version du mot grave dans cette histoire là et à chaque fois que j'entendrais dans l'avenir, mon coeur cogner avec rudesse jusqu'à me faire perdre l'équilibre , je revivrais ce combat inédit où l'inconnue c'était moi et ma façon de gérer la gravité de la chose.

C'est pourquoi voyez-vous parfois on peut penser que rire d'une situation ou en négliger le sérieux de la situation en question ne peut qu'apporter une légèreté à l'importance que l'on donne aux choses, et si je n'ai pas toujours pu appliquer cette manière de faire dans toutes les fois où je me suis crue finie, souvent pourtant ma vie m'a incitée à lâcher prise en agissant non pas avec désinvolture mais avec une infinie bienveillance vis à vis de moi qui avais déjà vécu des choses indicibles et sérieuses....en ayant l'apparence joyeuse et insouciante!

Ce qui ne voulait en aucun cas dire que je maîtrisais le côté grave, bien au contraire, au fond de mon coeur je ne parvenais pas à croire que je donnais le change, je me regardais de loin et je me demandais où diable étais-je allée puiser toute cette fausse énergie??!! Mais c'est ainsi que je fonctionne.

Et si je ne l'accepte pas, quelle autre alternative j'aurais, au vu de certaines catastrophes qui me sont tombées dessus parfois!

Rire est mon bouclier, sourire est mon armure et la dérision est ma politesse face au désarroi des autres devant les tourments de la vie, non nous ne sommes pas égaux face à eux, tant d'entre nous sont anéantis, alors parfois je reconnais avoir pris le parti d'en rire!

Où est le mal?

Celui de passer à côté des choses à revoir ou à corriger, certes, puisque parfois je piétine du coup, je peux même être amenée à repasser deux ou trois fois par la même épreuve mais devrais-je pour autant réduire à zéro cette part de moi qui me permet de me dire que ce n'est pas grave et que la vie veille? Je ne sais, oui ou non, je n'ai pas effectivement la science infuse de ceux qui savent et croient maîtriser leur vie, moi je ne sais pas, j'attends la réponse de ma vie.

Moi je crois en l'impossible et en l'Invisible, en ce qui ne s'explique pas et en l'illogique, et bien que cela paraisse incompatible, je me laisse bercer par ma musique intérieure toute ma vie durant.

Voilà ce dont je suis sûre depuis toujours, je ne suis jamais seule et j'entends la voix de mon coeur me murmurer des réponses que je suis certaine de savoir déchiffrer. Même quand je lis vos commentaires bienveillants sur mon refus du mot grave dans certaines situations vécues de mon existence, je reste persuadée que tout arrive parce que le but est plus grand que nous et que nous l'ignorons.

Voilà. C'est ainsi que je vis ma vie parce que quelque part au fond de moi, je sais qu'on me dit qu'on me protègera de mes manques...peut-être et que le rire et la légèreté peuvent être ma thérapie quelquefois.