Regardez comme ce mot est laid, je trouve qu'il sonne mal, qu'il écorche mes oreilles, on dirait qu'il est l'arme fatale de toute personne qui en aime une autre. Et d'ailleurs...

Tout reproche est une demande d'amour non formulée, dit le dicton.

Moi, depuis toujours, je le reconnais dans les colères de mes parents, dans mes colères à moi envers eux, dans les non-dits de mes premiers faux pas amoureux plus tard, dans mes incertitudes de jeune maman quelques années plus tard, je le vois partout en fait.

Il est comme la bête noire de toute vie qui se voudrait simple, mais une vie peut-elle être vécue simplement??

Quand la parole s'égare pour laisser place à l'amertume et libérer son fiel, le reproche fait son entrée en fanfare sous les feux des projecteurs et là je n'ose vous dire le nombre de fois où j'ai cru que tout était fini, définitivement fini, entre l'autre et moi, peu importe l'autre, amie, mari, parents, frère, enfants, peu importe, je ne peux vous dire combien j'ai eu peur souvent de ce genre de fin entre nous.

Pourtant grâce à lui, ou bien à cause de lui, le reproche hurlé ou silencieux de ceux qui comptent pour moi, j'ai été obligée de me remettre en question bien des fois. De toute manière,  avec ou sans reproche il ne se passe pas une journée sans que je ne m'endorme avant d'avoir eu une conversation avec ma conscience sur la journée passée. Et en ce moment, cette conversation a pour sujet, les miens, j'avoue ne pas savoir les rassurer comme je le voudrais, oui il me faut le reconnaître et l'admettre surtout.

Par exemple si un des mes enfants se fait mal, je vais d'abord lui demander d'un air sévère ce qu'il était allé faire dans cette galère, je vais d'abord avoir l'aspect en colère, comme si j'étais impuissante...

Je ne sais pas apaiser l'inquiétude de l'autre en face de moi, son angoisse face à la vie et à ses défaites, je suis parfois démunie et je l'assume mais comment expliquer à ceux que j'aime mes limites face à moi, mes failles? Où ai-je failli est d'ailleurs la question de ces derniers jours...

Moi aussi je fais des erreurs, moi aussi je suis en plein périple et mon voyage est sans cesse interrompu par des obstacles que je finis par surmonter mais ils ne sont pas moins réels, cela dit on compte sur moi et peut-être même souffre-t-on à cause de moi, non pas que j'eusse perpétré quelques crimes cachés, mais tout simplement mes mots acérés ou mes actes manqués ont-ils laissé quelques marques indélébiles sur ceux qui attendent de moi ....écoute, compréhension et solution aussi quelquefois.

Qu'il est long le chemin qui mène jusqu'à nous! C'est vrai, quand sait-on que l'on est prête, prête à voir ce que mes parents par exemple voulaient que je voie ou encore prête à emprunter enfin la parole à la sagesse qui veut que l'on soit réfléchi.

Rien n'est simple en fait et les autres ceux qui sont mes compagnons de voyage, ceux qui me font respecter mon plan, ma feuille de route comme je l'appelle, ceux là veillent et lorsque j'entends leurs reproches je suis partagée en un cruel dilemme, d'un côté la colère et l'incompréhension pour ce qu'ils osent penser de moi, et de l'autre la gratitude vis à vis de cette feuille compliquée à suivre certains jours mais qui me donne la chance de vivre, d'aimer et de pardonner.

Oui pardonner, à moi d'abord, c'est très compliqué ça, c'est ma bête noire à moi, me pardonner pour ce que je ne suis pas, pour tout ce que les autres auraient aimé trouver chez moi et que je ne puis offrir, me pardonner surtout pour les mots non dits et ceux que je n'aurais jamais dû dire.

En fin de compte je vois bien que ce mot que j'abhorre, que je me garde bien de ne pas utiliser à tout va telle une arme tranchante, je le retourne contre moi de bien des façons!

Alors, parfois aussi j'ai envie de dire à tous ceux qui disent m'aimer, qui attendent de moi des choses que je n'oserais jamais leur demander, tous ceux là que j'aime  à ma manière, à qui je n'ai plus rien à prouver, j'ai envie de leur dire, soyez indulgents je vous en prie, la vie est courte, je fais de mon mieux, rire est un de mes charmes naturel pour dédramatiser, une sorte de parade que j'ai pour contrer toutes les petites morts qui nous accompagnent sur la route, pour habiller les chaises vides que la vie sème autour de nous et dans notre coeur, n'y voyez pas d'arrogance!

J'ai envie de leur crier de vivre la grande aventure qu'est la vie comme si demain n'existait pas et non pas en pointant mes manques, ou encore en essayant de déchiffre mon coeur, car lui aussi a des ratés parfois et hélas on ne refait pas le passé, moi en tout cas je ne le peux pas, je le dépasse en corrigeant mes erreurs par des actes, oui je crois en mes actes et je suis sûre que je serai toujours là pour vous, où que vous soyez et peu importe comment je ferai pour vous rejoindre si demain vous appelez, j'y serai parce que je vous aime.