....J'apprends énormément sur moi.

Cela a toujours été ainsi, depuis toute petite, je déboulais dans la ruelle des Bois Noirs, oui elle s'appelait comme çà celle qui passait devant chez nous, et j'allais à la rencontre des autres, des amies et des pas amies, tout le monde se connaissait à l'époque.

Et j'apprenais, j'ouvrais grand les oreilles, les yeux surtout, ma curiosité ne me laissait pas un instant de tranquillité, j'étais en mouvement du matin au soir, les autres étaient ma plus grande passion.

Tout, je dis bien tout me tenait à coeur, les uns les autres, ceux que je connaissais bien sûr et toute leur façon de vivre différente de la nôtre à la maison et nos interdits, nos croyances, nos "il ne faut pas" face à leurs droleries à eux! Je me gavais de cette différence, je me serais coupée en morceaux pour pouvoir vivre chez l'une et l'autre en même temps! Et puis il y avait ceux que je ne connaissais pas mais que je découvrais un matin, faisant mentir mes parents et les autres sur leur mise en garde perpétuelle et leurs préjugés sans fondement sur ceux là!

Sans le savoir j'étais un défi à moi seule,  ma nature profonde prenait la main, j'étais un moulin à paroles, un bout en train sans freins et sans peur, l'insouciance de l'enfance et bien d'autres choses aussi m'ont si bien servi!

Et puis les années ont défilé, on a déménagé un peu avant l'année de mes 14 ans, tout a changé, fini le quartier bon enfant où tout tournait autour de l'église, les amies qui m'avaient vue grandir, la ruelle de mon enfance baignée de soleil a fait place à une rue tranquille mais qui n'avait aucunement été témoin de moi en miniature et en devenir et le temps est venu de me retenir de vivre.

Oui, on ne se l'avoue jamais mais on se retient tant à partir d' un moment de notre existence et pour moi ce fut à cette époque là, une retenue qui allait me dévoiler une autre moi.

On n'apprend pas à être soi, à vouloir pour soi, à aimer pour soi, à faire pour soi, non , mais la vie était simple à mes yeux, je ne manquais de rien et je me laissais porter par les choses de mon âge et c'était bien aussi! On ne se pose pas de questions, à cet âge là, en tout cas, mes copines de l'époque et moi on ne se posaient pas de questions superflues, on vivait et on se sentait vivantes!

Le sait-on parfois que l'on se connait parfaitement dans ces années à peine sorties de l'enfance? Le sait-on à ce moment là que l'on est vraie?

Aujourd'hui je le sais parce que je suis une de mes dernières rencontres!

Vous avez bien lu, moi la passionnée des autres et des rencontres impromptues, j'ai fait une rencontre incroyable, j'ai rencontré une personne formidable, qui m'émeut et me touche dans son désarroi certains jours. Dans ses joies exagérées d'autres jours, dans son enthousiame légendaire que personne sauf elle quand elle le veut bien sait en voir l'atout et dont l'engouement pour la vie et ses bons côtés a fini par me convaincre que j'étais à ma juste place!

Peu importe la vue et les inconvénients de cette place, pour l'instant elle est la mienne, parce que j'ai enfin accepté d'être cette personne formidable.

Au diable l'avarice en compliments vis à vis de soi, comme une prétention que nous aurions peur d'arborer telle une honte, aujourd'hui je me regarde en face et dans mon miroir je reconnais la courageuse et l'audacieuse, celle qui poussée à bout ne rompt jamais mais plie parfois avec dignité et qui porte le sourire que la vie lui a donnée.

Cette femme que j'ai rencontrée, connaît sa valeur et ne mendie pas l'amour, elle est amour!