Je me trouve vraiment mais vraiment naïve dans mes relations avec mes proches et donc par déduction avec le reste de l'humanité.

Je mets énormément de temps pour comprendre que l'autre en face n'a rien à fiche de ma sincérité, de mon inquiétude sur son attente en moi, oui voilà exactement, mon souci quant à l'engagement que je lui fais quand je décide de m'investir auprès de lui. Cela reste vrai dans toutes mes relations, je crois.

Et ce matin plus que jamais je me rends compte de cela. Si je dis que je viens te voir, je viens, si je t'offre mon amitié, elle est indéfectible, si je suis la fille de mes parents, voilà où je veux en venir, je le suis à vie, dans toutes les situations. Mais là n'est pas le problème, le problème est mon aide quand on me le demande sans me donner toutes les informations volontairement, comme de vouloir me faire accomplir le meilleur pour eux mais à mon insu. Donc en me cachant l'essentiel bien souvent on me conduit à m'inquiéter de bien mener la tâche qu'on ne manque pas de me confier, voila le noeud du problème, le mensonge là où il ne devrait y avoir que sincérité.

C'est dit! Je ne comprends pas qu'on puisse me mentir! Quel est l'intérêt? C'est simple, le leur! Ils voient en moi la possibilité de parvenir à leur fin et moi comme il manque un morceau à mon puzzle, je perds du temps en inquiétude, je suis ainsi faite que mon anxiété finit toujours par me rattraper alors que je vaque déjà pour que tout soit fait dans les temps.

Ce qui m'amène à penser que dès lors qu'il y a des liens entre une personne et moi, cela suppose une sincérité sans faille, de ma part déjà et de l'autre personne aussi. Donc, ce matin je nage en plein brouillard...

Je prends tout cela très à coeur, j'y tiens, c'est comme si que depuis tout ce temps là je venais de comprendre que mes parents par exemple, aient mis leurs attentes en moi  et que mes attentes à moi soient bafouées! C'est en tout cas mon ressenti, je vis dans un monde de mensonges, dans le plus insignifiant des échanges entre eux et moi, je le vois bien encore ce matin, il y a des choses qui me sont cachées et ces choses là me renvoient à mon enfance, ou du moins à cette part de mon enfance plus sombre que je ne veux le croire.

De quel droit ai-je envie de crier, oui je peux enfin mettre des mots sur mes sortes d'impuissance devant la non satisfaction qu'ils manifestent parfois lorsqu'ils estiment que je n'ai pas su mener à bien ma mission pour eux! Comment effectivement le pourrais-je, quoique je reconnaisse que je me démène pour rapporter la chose demandée ou faire ce qui a été fixé à l'origine, mais si il me manque leur confiance comment puis-je penser ne serait-ce qu'un instant accomplir ma mission. Mission?

Voilà bien à mon sens un passe-droit que les parents n'ont pas, ma mission n'est pas eux. Je l'avoue humblement pourtant, même si ils ont réussi à me faire croire le contraire pendant longtemps, ma mission ici n'est pas de les servir et si il y a mensonge dans nos relations c'est qu'ils ont omis de me dire combien ils estiment que je leur étais redevable et combien je suis à leur disposition, oui voilà bien le mot. Se servir de moi à volonté. Exactement comme si on m'avait dit si tu nous aimes tu nous aides en tout temps!

Je ne dis pas qu'ils l'ont fait volontairement mais je dis simplement que dans ma situation, cela dure depuis toujours, ils m'ont toujours demandé le plus. Peut-être parce que j'étais l'aînée, peut-être parce que à leurs yeux leur fille ne pouvait que leur appartenir, puérilement vais-je dire, je me devais de leur satisfaire, en tout point.

J'ai tout revu mentalement depuis ce matin, j'ai eu le temps, tout me porte à croire que en choisissant de ne pas me dire la vérité, ils optent pour m'avoir à leur cause, une cause dont j'ignore tout et que je ne cautionne pas à l'évidence.

Tout n'est que mensonge depuis toujours. Appelons les choses comme elles sont, cela ne m'ôte pas l'amour que j'ai dans le coeur pour eux, loin de là, mais cela m'apprend à assainir mes relations actuelles et celles à venir.

C'est un triste fait, mais c'est ainsi. Comment tisser d'autres relations ou du moins, cela ne m'a pas empêché de me faire des amis, d'être très familière et tout mais depuis ce matin, je me dis que c'est un jeu dont je ne connais pas les règles et quand bien même, je ne les aurais pas acceptées de mon plein gré! 

Or quand je regarde notre chemin, à eux et à moi, je me dis que je comprends mieux pourquoi je mets autant d'entrain à vouloir satisfaire tout le monde autour de moi depuis petite, pourquoi je donne ma confiance et même mieux, je veille à répondre présente ou à répondre tout simplement là où d'autres feraient la sourde oreille.

Dans mes relations, je suis celle qui comprend l'autre, qui se met tout le temps à l'autre place pour voir de là bas l'effet que ça fait. Et si je reconnais que mon empathie est innée, et sans commune mesure avec ce que mes parents attendent de moi, je note néanmoins mon aptitude à donner des circonstances atténuantes à toute situation, peu importe que cela crève les yeux que là visiblement je suis le dindon de la farce.

Et cela me touche vraiment d'avoir été aussi naïve. Je ne dis pas que je ne veuille plus de relations, ni même que j'ai perdu ma confiance envers les autres, mais cela me rend lucide tout à coup sur cette sorte de méfiance qui est apparue depuis deux ans et quelques dans ma vie, je me comprends mieux  je vais dire, tout a son importance dans la découverte de soi. Et si ce matin j'ai d'abord été bien remontée contre tout ce stratagème, je me sens bien plus légère maintenant.

Au fond ma naïveté ne me sert-elle pas aussi de rempart contre la méchanceté humaine?