Il m'est arrivé dernièrement une singulière expérience, celle d'avoir oublié que je vivais!

Mais encore faut-il le savoir qu'on est vivant, très peu le savent parait-il d'après Oscar Wilde, vivre est la chose la plus rare du monde. La plupart des gens ne font qu'exister.

Moi je me sens vivre depuis toute petite,  je vibre en regardant le ciel, en respirant mes montagnes, en écoutant monter la mer, tout comme  je vis au rythme de mes désirs et que tout semble parfois converger vers moi sans que je ne décide quand et comment procéder et que l'harmonie se manifeste à travers les évènements et leur sychronicité, un peu comme si une main invisible me guidait dans ce qui est moi et me faisait goûter à un peu de ma personnalité dans ce qu'il y a de plus heureux et m'encourageait à découvrir le meilleur de moi, à me délecter de moi!

Parce que les gens heureux s'affrontent perpétuellement sans l'avouer, parce qu'ils n'ont pas fait du bonheur un itinéraire obligatoire mais que bien au contraire ils le portent en eux et sont transfigurés, rayonnant grâce à lui! Parce qu'ils s'inventent un livre bien à eux, dont les pages ne sont que poésie et enchantement et que personne n'ose y croire!

Voilà je ne sais plus qui a écrit ces mots qui me parlent, je les ai retrouvés dans un petit carnet qui m'appartient hier après-midi et je me suis dit glorieusement que j'en était l'auteur mais je reste dubitative, pourtant ces mots pourraient être miens tant ils sont moi!

Oui m'affronter perpétuellement pour être et devenir, pour rester vivante et rayonnante malgré les bourrasques et la pluie. Vivre ma vie d'une drôle de façon bien à moi, tomber parfois et me relever toujours malgré la douleur!

Exister certes mais pas seulement, vivre bon sang et ne jamais l'oublier pour surmonter les difficultés, les obstacles les plus improbables, me dire qu'il est trop tôt pour jeter un voile opaque sur ma vie et oser à nouveau aller au devant des ennuis, se mesurer à eux pour me prouver que je vis lorsque j'entends cogner mon coeur de peur mais oser quand même!

Souffrir alors comme jamais, ployer sous les mots de l'autre, sous les coups du sort mais me sentir vivante par mes ressentis et par mes pleurs et écouter mon âme me parler d'une autre moi.

Vivre enfin pour le meilleur de la vie, savoir séparer le bon grain de l'ivraie et s'abandonner à soi pour retrouver mon rire et son tintinnabulement et m'écrouler du coup sous son poids chaleureux et enivrant, pour exister différemment!

Comme ceux qui ont failli à leur mission et qui se sont rattrapés de justesse et n'ont qu'une hâte celle de la vivre à chaque instant avec passion et gourmandise comme si ils avaient compris combien ils allaient rater l'essentiel, oui leur vie!

Et si c'était la boulimie de la vie tout simplement qui nous rappelait combien le monde est fou et beau et que vivre est un vrai miracle? Ne sommes-nous pas en veine de miracles ces temps-ci?

J'en possède un, précieux aux creux de mes mains, palpitante telle une pépite oubliée, my life!