Plus que jamais je cueille la minute à la seconde près de l'instant présent, plus que jamais la vie me murmure de la laisser me porter quand je vois autour de moi le tumulte des vies fracassées.

Je me demande comment aurait-on pu savoir que c'était la dernière fois, oui, la dernière fois que l'on s'étreignait, le dernier baiser, la dernière blague ensemble, toutes les dernières fois que je n'ai pas eu le temps de prévenir pour cause de grande foi aveuglante en demain, comme si tous les lendemains seraient faits avec les ingrédients d'hier.

Je repense à toutes ces dernières fois et mon coeur se serre, le dernier repas ensemble, la dernière conversation sur les souvenirs qu'on partageait encore, tout cela emportés. Et parce qu'ils ne sont plus, parce qu'il y a un avant et un après eux,  j'ai le devoir de croire plus que jamais en ce qui m'éblouit depuis toujours....et d'ailleurs nous apprend-on à nous éblouir de tout et d'un rien?

La nature de bon matin lorsque tout se réveille ou bien lorsque tout s'endort à la fin d'une journée chaude et qu'une guêpe joue à attraper mes cheveux, ou qu'une abeille s'est fait piéger par la lumière de la lampe, je veux m'attarder sur la moindre seconde. 

Quand nous apprend-on à vivre vraiment l'importance du moment, à suivre notre rythme ou celui des saisons de la vie?

Nous l'apprend-on pour de vrai dans notre existence un jour? Nous dit-on que la vie est merveilleuse et qu'il faut savoir cueillir et saisir les précieux moments, un peu comme si on devait récolter une de nos larmes?

N'avoir plus à regretter les instants négligés, bafoués et laissés pour compte, ceux que l'on croyait sans importance alors que tout avait sa raison d'être et un but, celui d'avoir été.

Car tant de fois si on regarde bien on laisse filer l'instant, quand mon grand-père est parti soudainement je me souviens avoir entendu mon père raconter pendant des années la dernière soirée avec lui, à rire, rire devant une pièce de théâtre réunionnaise qui a longtemps gardé cette saveur là, la dernière fois qu'il avait rigolé avec son père! 

Et moi aujourd'hui devant les lambeaux de vies enfuies et amputées de ceux qui ne sont plus, je saisis chacune des minutes que m'offre mon existence, je me laisse imprégner par la beauté des étendues bleues, là où la mer rejoint le ciel comme ce matin où empruntant la route du retour après une balade à la montagne, j'ai eu l'impression qu'on allait voler jusqu'à la mer tant elle se confondait avec le ciel.

Vaste étendue de bleue après le vert des grands espaces, l'air frais et le soleil sur la rosée du matin et tout ce dégradé de verts, l'herbe et les arbres en contraste....j'en suis revenue éblouie, la tête remplie d'instants présents bien gardés de l'usure du temps, à l'abri de moi, ces couleurs là ne passeront pas, je m'en fais le serment, je les ai captées à jamais.

Carpe Diem, cela s'apprend à tout âge.

 Je veux simplement savourer chaque instant qu'il m'est donné de vivre sans plus me demander pourquoi mais seulement reconnaître les signes et choisir la bienveillance en toute chose pour ne pas me perdre en route.  

Déguster le présent à petites lampées tel un breuvage revigorant ou un précieux cadeau de notre hôtesse la vie et se dire que demain est un jour nouveau, oui il m'arrive de me dire que demain est un autre jour et d'y voir le meilleur par rapport à aujourd'hui, je crois que j'apprends de jour en jour à lâcher prise et à m'étonner de vivre encore de nouveaux bonheurs!