Comment ai-je pu oublier cette partie de mon passé? L'écrire n'est pas si simple d'ailleurs mais deux signes me l'imposent, je vous ai dit que je croyais aux signes?

L'un de ces signes est un post de pecheneglantine sur lequel je suis tombée dès que j'ai ouvert la page humeur et l'autre signe concerne une conversation que j'ai eue avec ma cadette aujourd'hui et qui m'a fait retrouver une sensation de déjà vue, oui une sensation de gêne voire même de honte par rapport à une période de mon existence. Ce ressenti m'a amené à me demander comment j'avais fait pour oublier que j'avais été maigre et que j'avais souvent été dans la peur oui, le mot me fait reculer mais si, la peur du regard des autres?

Pourtant dès l'instant où elle m'a parlé d'une amie qui avait surmonté une timidité maladive qui contraignait son existence j'avais instantanément compris l'amie en question, le rejet des autres, les regards sur nos gestes, la peur d'être mal considérée, les maladresses accumulées tant cette peur est plus énorme que l'on pense...

J'ai tout revécu l'espace d'un moment, je suis repartie dans mon passé de maigre, mais avant j'ai cherché d'où me venait ce sentiment de honte de moi que j'avais ressenti un jour dans ma vie.

J'avais oublié que l'adolescente que j'étais n'aimait pas son corps, pire elle l'occultait, ne le regardait pas nu, jamais! Si, si, jamais. Tout était plat me disait mes proches, j'étais trop maigre, je n'avais pas de formes comme le dit si bien pecheneglantine, pourtant si je suis honnête, je dirais que si, j'avais des formes qui me plaisaient à moi, mais hélas pour moi ce qu'on me disait me touchait plus que ce que je ressentais! C'est fou hein?

Pourtant pas si illogique que cela, si on te dit tout le temps que tu es trop maigre, que tes jambes ressemblent à des bois d'allumettes te dit la prof de sport, que te voir en short de ...sport justement choque!! Dis moi ce que tu fais, tu finis par le croire, tu penses alors que tu es anormale puisque différente, c'est trop bête mais si.

Alors tu scrutes tes amies, je ne ressentais pas l'envie mais je les trouvais si, si ...normales quoi! Tandis que moi, j'étais le vilain petit canard qu'il était impossible de ne pas voir tant je faisais tâche, me semblait-il!

Tu n'en parles à personne même pas à ton amie, elle est comme les autres, toi tu es différente, si tu dis une chose banale sur le physique, on te répond que tu es si ...non pas menue ni mince, mais maigre que tu ne peux pas ressentir "çà"! 

J'avais oublié cette période de mes 14 ans, qui a duré une éternité j'ai eu l'impression, de plus à l'époque les vêtements n'avaient pas encore atteint leur vitesse de croisière dans la société de grande consommation si je puis dire et donc je ne trouvais pas de jeans à ma taille, j'étais dans l'obligation de les faire reprendre à l'intérieur des cuisses! J'ai trop envie de rire!

Je ne riais pas à l'époque! Enfin si, le rire m'a sauvée, je l'avoue!

Je n'ai rien fait pour grossir je préfère le dire tout de suite, c'est bien mon regard sur ma personne qui a tout changé!

C'était il y a des années de cela, les diktats de la mode n'étaient pas ceux d'aujourd'hui et on ne parlait pas non plus de formes voluptueuses plus que cela, honnêtement, mais on jugeait toujours aussi fort l'autre qui est en face de soi!

Si j'ai été malheureuse je me suis tournée vers moi et ce que j'aimais faire, écrire des poèmes, raconter n'importe quoi sur mes sentiments, sur la vie, sur mes attentes en elle. Puis certaines amies bienveillantes sont apparues, elles ont lu ce que j'avais écrit, elles ont dit tout le bien que mes mots pouvaient leur faire, j'ai commencé à croire en moi, non pas en mon apparence je le précise....mais c'était un début.

Croire en soi lorsque l'on se croit en déficit de quelque chose de visible est terrible, cela ne s'explique pas avec des mots qui coulent, mais avec des bribes de souvenirs difficiles à extirper de moi.

Je viens d'aller relire l'article bien écrit de Pêche & Eglantine et le mot d'os retient mon attention là, je me souviens d'un poème de Ronsard étudié en classe de seconde et dont le titre m'a marqué, Je n'ai plus que les os, on aurait pu me retourner ses mots j'ai toujours pensé d'où mon amour pour ce grand poète. Parce que oui là où j'ai le plus souffert c'est dans ma famille, on me disait sans ménagement que mes os étaient trop ....saillants, que mes fesses si je m'asseyais sur l'un d'entre eux faisaient mal! Je rigole là en écrivant ces mots mais sur le coup on emmagasine, on ne se dit pas que c'est vrai ni faux!

Plus tard ils font leur effet tels des intraveineuses, plus tard dans la rue, au lycée, chez le médecin, quand tu essaies ton fameux jean et que tu surprends ou crois surprendre le regard que la vendeuse lance subrepticement à celle qui t'accompagne, là tu prends peur et la honte de soi apparaît, honte de se montrer dans tel ou tel vêtement.

Je voyais celles qui étaient aussi minces que moi et qui avaient l'air de bien se porter, elles! Je n'osais pas leur demander, elles avaient un peu plus de tout que moi, lol!

Croire en moi est vraiment venu avec mes mots pour le dire par écrit, avec l'amitié aussi et mon rire, ma verve, moi tout simplement quand j'ai fait abstraction de mon apparence!

Voilà mon témoignage comme un retour en arrière dans mes précieux souvenirs.