....Avec des mots acérés, des mots échappés et lâchés comme des bêtes hideuses prêtes à dévorer tout ce qu'elles pourraient trouver sur leur chemin, aveuglément, et que je me méprends d'abord sur leur intention parce que pour moi il est inconcevable de blesser l'autre gratuitement. Alors que le pouvoir des mots est un jeu entre les êtres que nous sommes et que je semble l'ignorer ne change rien.

Et leur pouvoir est terrible. Je le connais moi aussi mais je me fixe une limite inconsciemment je crois, il y a les mots que je ne censure pas, des choses qu'il me faut dire pour ne pas m'étrangler et d'autres que je ne dois absolument pas prononcer sous peine de tuer l'autre en face. Les limites sont essentielles.

J'ai souvent été sidérée de voir combien la puissance des mots jetés comme des pavés pouvaient défigurer une relation et je n'ai toujours pas compris comment deux êtres qui s'aiment peuvent se détruire à coup de mots. Comment cela est-il possible? Ne connait-on pas le mal que l'on fait à l'autre quel qu'il soit en lui disant des mots définitifs?

 

 

Pourquoi ai-je cette drôle d'impression d'être poussée dans mes retranchements parfois par les mots de l'autre? Et surtout pourquoi ces mots peuvent-ils tout changer un jour jusqu'à me faire voir la vie d'une couleur fade? Jusqu'à me faire penser sur l'instant que je ne vaux rien aux yeux de l'autre et que par conséquent rien de ce que j'ai vécu avec cette personne n'est vrai!

Il y a encore quelques mois j'écrivais ce texte là  que je viens de parcourir à l'instant et je me demande encore comment ces mots qui étaient alors les miens, qui m'inspiraient si bien ce souffle de vie me sont devenus aujourd'hui si étrangers?!

En les relisant il y a quelques minutes, je ne me suis pas tout de suite reconnue, est-il possible que je sois la même personne, que j'ai été animée de ce souffle sacré qui me portait à transmettre mon énergie et que je suis aujourd'hui également la même personne qui peine à trouver sa respiration.

Oui, je suis un peu des deux, simplement entre temps, un raz de marée appelé les liens ou alors les mots (maux?) de ceux qui me sont liés m'ont renversée...littéralement ou enfoncée peu à peu, je ne sais pas bien l'expliquer.

Et cette phrase me revient alors, parmi tant d'autres, parle comme si demain ne devait pas exister pour ôter la peine que tes mots ont infligé à l'autre. Parle comme si tu ne pouvais jamais rattraper les paroles qui ne doivent pas être jetées en pâture entre deux êtres.

Parce que nos mots sont parfois porteurs de maladie et que là où ils se posent, ils peuvent assassiner ceux qu'ils touchent. Leur venin appelle un chagrin innommable, dont le nom d'ailleurs est tant chargé d'énergie destructrice qu'à la fin j'en connais qui sont morts de l'avoir prononcé! 

 

Les mots prennent de drôles de forme selon que l'on veuille guérir, aimer ou fusiller, l'intention est à la source de tous nos maux. Pourtant ne dit-on pas que les mots que tu gardes en toi peuvent te tuer? Oui mais dans la vraie vie, tout est à double tranchant, je crois. Autant que je peux m'éclater un maximum avec mes mots de joie et de délire, ne me censurant qu'avec peine, autant je peux m'éteindre doucement si on m'assène avec force certaines paroles déchirantes et blessantes.

C'est ainsi que lorsque ployant sous la peine de certaines grandes tornades qui passent sur nos vies, les mots de ceux qui comptent pour nous peuvent nous anéantir plus gravement que les tornades en question, fussent-elles à répétition.

Et c'est comme cela qu'on en vient à ne voir que des maux là où naguère on ne voyait que l'espoir du lendemain....Parce qu'il s'agit d' une mise à nu de soi par des êtres que l'on croit connaître, que l'on veut aimer coûte que coûte et qui nous coûte justement notre confiance en nous.

Parce que déjà à l'aube de toute relation il m'arrive de tressaillir désormais lorsque j'entends certains mots, nous avons de drôles de façon de faire entre nous les êtres, je le reconnais et je ne cautionne pas du tout.

Aujourd'hui après des péripéties dont je me serais bien passée, comme si on me demandait mon avis, j'ai appris une chose, c'est que lorsqu'un mot me choque ou me dérange à l'aube d'une relation c'est qu'il ne faut pas insister. Je me dis que les mots traduisent bien l'être tel qu'il est, si il est en phase avec lui et bien dans sa vie, ces mots ne le trahissent pas, alors qu'au contraire si cette personne se cherche ou traverse je ne sais quelle tempête intérieure, que puis-je réellement pour elle si à travers ses mots, je sens poindre l'animosité?

Nos mots de colère ou d'incompréhension face à l'autre n'engagent que nous, voilà ce que j'ai appris, l'autre en question ne sait rien du tumulte qui nous agite, des tempêtes qui nous perturbent et il ne peut en aucun cas devenir notre souffre douleur, or la vie n'a de cesse de nous faire mirer un peu de nous en l'autre, l'effet miroir qui tue toute relation au final.

Quand on me blesse avec des mots acérés, moi qui sais si bien manipuler les mots, qui les aime si fort en temps normal, j'avoue rester sans voix parfois, n'écoutant que le bruit de mon coeur me marleter que je suis si nulle.

Alors oui, je pense sincèrement que les relations humaines sont capables du pire dans ces cas là.