Aujourd'hui j'ai redonné de l'espoir à un enfant qui passait dans la rue.

Dit ainsi, on va croire que j'ai fait un miracle digne d'être raconté voire même de me valoir la canonisation un jour après ma mort! Qui sait, nos critères de sélection à la canonisation me laissent un peu sceptique et je ne crois pas au pouvoir de décision d'ici bas mais d'ailleurs, de plus haut que nous, bon ok je me suis un brin égarée, on dirait! Donc, je disais que j'avais redonné de l'espoir à un enfant.

Ce midi, à la sortie du collège et alors que j'allais sortir de ma voiture, un ballon bleu est passé devant ma voiture tout seul, il s'était échappé des mains d'une fillette qui sortait de l'école primaire, toute fière encore une seconde auparavant de tenir ledit ballon dont elle ne s'est pas méfiée de sa folle envie soudaine de fuguer pour, pensait-il retrouver la liberté d'un ciel serein!!

Elle a esquissé un pas vers lui avec l'espoir fou de le voir revenir à elle bien docilement mais hélas, il ne lui jetait plus un seul regard, il savait trop bien que sa maman ne lui donnerait pas l'autorisation de lui courir après, le gredin! J'ai vu la tristesse s'emparer d'elle, la petite au ballon enfui, et les larmes affluer tout de suite de là où j'étais comme si je savais déjà toute l'histoire et cela en l'espace de quelques secondes!

Je vous le dis, la vie n'a pas fini de me sidérer, elle ne lâche rien la finaude!

En l'espace d'une poignée de secondes qui ne sont rien pour la vie en question, j'ai vu le ballon traverser la rue non plus en volant mais en rasant le trottoir de l'autre côté de la rue, j'ai vu la liberté avortée pour ce pauvre ballon bleu et puis j'ai jeté un regard à la petite famille qui continuait bravement son chemin, maintenant la petite fille pleurait contre sa maman et le papa marchait devant, je vous avais dit qu'il était là mais qu'il n'avait pas couru derrière le ballon? Peut-être n'a-t-il pas osé, un homme courant derrière un ballon, les autres le scrutant pour voir si cela pouvait être vrai! Il ne pouvait pas, quand même!

Moi, j'étais encore derrière mon volant et je me disais, pauvre petite fille, si seulement j'avais pu rattraper son ballon!! Si un des miens était là, il n'aurait pas manqué de me dire de me calmer, mais là j'étais seule maître à bord de mon bateau ivre, oh, la tentation était trop forte mais un bémol toutefois, ma dose de folie un peu faible en ce matin, je le reconnais! Je ne l'aurais pas fait, voler derrière un ballon à l'heure de l'Angélus, il faut du cran quand la folie te déserte pour diverses raisons...simplement voilà, la vie a plus d'un tour dans son sac, un jour elle te retire tout, la folie avec et le lendemain elle te ramène un ballon bleu docilement alors que tu n'as rien demandé encore moins un ballon et là elle te le tend gentiment, il ne te reste plus qu'à te baisser pour le saisir sous le regard médusé des passants...

Je vous le dis, elle n'a pas fini de m'épater cette vie là!

Donc comme dans un film au ralenti, je me suis vue attraper ce ballon bleu, décider en l'espace d'une autre poignée de secondes si j'avais le temps de courir après la famille qui n'en finissait pas de s'éloigner sur ce trottoir pour ne devenir qu'un point...Bref je n'ai pas hésité longtemps, non pas du tout et je me suis mise à courir avec ce ballon bleu au bout du bras gauche ou droit, comme un prolongement de ce bras, mon jean déchiré et ma chemise nouée, les cheveux aux vents, j'ai dépassé le collège en vérifiant quand même si mon fils n'était pas le témoin honteux d'une maman à la folie retrouvée, et alors j'ai crié "madame!"...

Elles se sont retournées d'un même élan, la fille toujours en larmes et la maman qui la tenait serrée contre elle, j'ai tendu le ballon bleu fugueur repenti à la maman qui n'en croyait pas ses yeux et n'a pu me dire timidement que "merci c'est gentil" et je m'en suis retournée, folle de joie!

Je n'avais pas attrapé la lune ni l' arc-en-ciel, ni même offert une glace mais un ballon perdu, bleu qui plus est, qu'une petite fille avait eu la joie de tenir à la sortie de l'école juste quelques minutes avant qu'il ne se fasse la malle, emportant l'espoir et la joie mêlés avec lui...

Alors oui, j'ai été fière de moi aujourd'hui parce que j'ai fait un geste d'espoir et que cela a illuminé le reste de ma journée, je crois.

D'ailleurs je prends soin de cet espoir et ne laisse personne ternir ma joie et vous savez comment je fais?

Je n'ai raconté à personne d'autres qu'à vous cette fabuleuse histoire.